Thursday, September 15, 2011

Une fille morte pour quelques dinars: Qui sont les assassins ?

Par Hocine Mahdi
histoire vraie

Fatiha, 25 ans. Le printemps de la vie...
L'aurore du printemps...
Elle était le printemps... Décomplexée, chaleureuse, studieuse. Elle se rendait au CPA de Sidi Mabrouk où elle suivait un stage de formation.
Pouvait elle se doutait qu'en cette journée ensoleillée ?
Non...
Ce serait horrible... Trop horrible...
A vingt cinq ans, au printemps de la vie, une fille sage ne saurait penser qu'aux belles choses, qu'à un avenir rempli d'espérances, qu'aux examens de fin de stage qui lui ouvriraient assurément, peut-être, les portes d'une carrière professionnelle motivante. Ce dont rêve toute la jeunesse algérienne qui a décidé de forcer le destin.
Ce matin là son sac à main contenait un téléphone portable tout ce qu'il y a d'ordinaire, des papiers et un peu d'argent. Vraiment très peu d'argent: tout juste de quoi payer le bus et acheter quelques morceaux de pizza.
Trois voyous contre une fille... Les hommes ne peuvent descendre plus bas dans l'indignité...
L'un lui pointa un objet tranchant dans les hanche: un tournevis ou un couteau. Le second la bâillonna de sa main par derrière. Le troisième lui arracha le sac.
Tout cela pour quelques dizaines de dinars...
Quelle performance mes frères !
Pour l'instant nous ne parlerons pas des passants qui firent semblant de ne rien voir par lâcheté. C'est tellement banal de nos jours.
Une fois abandonnée par ses agresseurs Fatiha eut la volonté et la force de poursuivre son chemin et d'accomplir tant bien que mal son programme de la journée. Ce n'est que le soir, une fois à la maison et après avoir raconté les circonstances de l'agression à sa mère, qu'elle glissa progressivement dans une espèce de léthargie. Dès lors elle perdit l'envie de parler, de manger, de sortir, d'étudier.
En un mot : de vivre...
Quelques jours de total immobilisme et de silence complet...
Un matin elle se réveilla avec une forte fièvre. Son père chercha un taxi pour l'emmener chez un médecin. Elle mourut en cours de route. Le décès fut constaté dans le taxi.
Fatiha avait refusé de lutter contre la mort parce que trois voyous ont brisé en elle tous les ressorts de l'espoir.
Trois voyous contre une fille pour seulement quelques dizaines de dinars et un portable tout ce qu'il y a d'ordinaire.
Mais sont-ils les seuls coupables de ce crime ignoble ?
Oh que non !
Ceux qui firent semblant de n'avoir rien vu et ne se sont pas sentis coupables de non assistance à fille en danger auront-ils le courage de se regarder dans un miroir quand ils sauront qu'ils auraient pu sauver une vie humaine s'ils avaient été moins lâches ?
S'ils avaient seulement intervenu...
Ils auraient peut-être donné à Fatiha une bonne raison d'aimer la vie et assez de détermination pour surmonter le choc de l'agression...
Encore faudrait il que les concepts du civisme, de la citoyenneté, de la solidarité aient encore un sens en Algérie.
Fatiha fut enterrée huit jours après l'agression.
Au printemps de la vie...
Les voyous l'ont vite oubliée, ils guettent d'autres cibles, d'autres proies, parce que la vraie Redjla* est morte dans notre pays.
Cette magnifique Redjla qui protégeait les faibles de la hogra** des voyous et des autres.
Hocine Mahdi
Le 15 Septembre 2011
*) Redjla : homme d'honneur qui ne supporte pas qu'un fort (un puissant) brime un faible
**) Hogra : brimades

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