Tuesday, April 23, 2013

Perdre Des Amis

Hier on a enterré un ami. Je n'ai reçu l'information que ce matin.
Cela fait plus de deux mois que je ne sors que rarement.
Coupure presque totale mais involontaire avec les amis.
Triste coincidence.
En 2011, à la même période, un ami était parti brusquement.
Hocine Benkadri.
Un être d'exception, trahi par des amis.
Un humaniste qui a consacré sa vie à soulager la douleur des autres, dans un environnement où être un fonctionnaire consciencieux et un militant sincèrement engagé est considéré comme une hérésie.
Il fut honnête et courageux malgré la trahison d'un entourage en qui il avait placé toute sa confiance.
Professeur en médecine Il a défendu le droit des malades et l'honneur de sa profession en se battant contre des médecins fonctionnaires qui laissaient des patients hôpitalisés en longue attente pour les forcer de se faire soigner dans des cliniques privées ou de payer, sous la table jusqu'à vingt millions de centimes des actes médicaux qui sont pris entièrement en charge par l'Etat.
Il s'est battu contre un ministre déphasé pour que l'hôpital ne soit plus une salle d'attente du cimetière.
Il s'est battu contre un wali pourri qui voulait faire de lui le bouffon de la racaille politicarde.
Il fut menacé de mort et kidnappé parce que, preuve à l'appui, il avait dénoncé la maffia des hôpitaux qui a détourné des milliards prévus pour les équipements et les infrastructures hospitalières.
Il pouvait devenir milliardaire en un claquement des doigts.
Il pouvait s'installer en Amérique, au Canada ou en Europe en exerçant son métier dans les meilleurs hôpitaux du monde et en percevant des salaires mirobolants.
Il avait choisi de vivre et de travailler en Algérie.
Il était mort en activité, à son poste de travail, d'épuisement. Il travaillait jour et nuit. Rien ne le rebutait.
Il m'avait dit un jour :-" mon rêve est de former de bons médecins dans mon pays".
Ses combats et ses sacrifices sont une belle leçon d' humanité.
Dommage que nos cinéastes ne s'intéressent pas aux vrais moudjahine qui, à leur niveau, mènent le combat citoyen sans tambour ni trompette pour faire avancer notre nation vers la lumière.
Ce matin je pensais à cet homme. Je désirais aller me recueillir sur sa tombe mais je ne pouvais pas.
Et voici que l'on vienne m'annoncer l'enterrement d'un autre ami.
Celui-là c'est une autre histoire :
Un camarade de l'école primaire...
Un enfant du quartier quand l'Algérie végétait sous la botte du colonialisme français.
A cette époque très dure l'ennemi ne se cachait pas sous le masque d'un faux frère.
Nous savions à quoi nous en tenir.
Paix à son âme.
Et à Benkadri Hocine ce modeste hommage.
Il était poète.
Il avait chanté l'amour, l'amitié, la beauté, l'Algérie, Constantine.
Nous chanterons un jour son abnégation, ses sacrifices, son engagement citoyen exemplaire, son patriotisme.

Trahison

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Dieu protégez moi
Je ne sais plus
Qui est l'ennemi
Qui est l'ami
Qui est le faux
Qui est le sincère
Ils portent tous
Un masque souriant
Ils disent tous
La bonne parole
Qui fuir ?
Vers qui aller ?
Tout est brouillé
La solitude est la plus dure
Mais la plus sincère
De tous les amis
En attendant
Un vrai ami
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Hocine Mahdi

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1 comment:

Slah Pacha said...

On nous a enseigné que ces gens ne mourait pas et je ne comprenais pas ce que cela signifiait. Mais un jour ou j'accompagnais l'un d'eux, de sa voix il m'a dit qu'il tirait sa révérence. Et je n'ai pas compris aussi. Alors à la mort d'un beau dernier à la fleur de ses rêves, j'ai fini pas comprendre qu'ils puissent décider de vouloir aller nous chercher de quoi nous confondre de leur vie et de leur témoignage posthume !