Tuesday, April 10, 2012

Poésie : Un Parisien A Constantine

Ce n'est pas toujours que nous recevons des poètes français qui viennent nous parler avec une grande nostalgie d'un passé sur lequel l'Algérie officielle a essayé d'étendre le linceul de l'oubli.
Bernard Mazo, un jeune septuagénaire plein de fraîcheur, nous a replongés dans la nostalgie des premières années de l'indépendance. Notre compatriote le poète au grand coeur, Jean Sénac a été le sujet de sa conférence.
Jean Sénac comptait parmi les pieds-noirs, chrétiens et juifs qui, dès le début de la révolution, avait milité pour l'indépendance de l'Algérie.
Le massacre du 8 mai I945 était passé par là et avait tracé une sorte de ligne de démarcation entre les français.
Les colons ne voulaient pas entendre parler de l'émancipation des bicots musulmans.
Quand aux pieds-noirs ils étaient divisés sur la question : les uns souhaitaient une amélioration des conditions de vie des colonisés, les autres croyaient en une assimilation progressive et une troisième frange ne voyaient une solution durable que dans l'indépendance et un partenariat équitable entre la France et l'Algérie.
Albert Camus était le père spirituel du poète Jean Sénac.
Sur la question Algérienne ces deux intellectuels pieds-noirs se situaient aux deux extrémités.
Albert Camus croyait en la moralisation du système colonial français. Durant sa carrière journalistique il a eu a traiter avec sincèrité de l'extrême misère des "peuplades" colonisées en Kabylie sans aller jusqu'à incriminer le système colonial, ses crimes contre l'humanité et son obstination à ne considérer les "indigènes" que comme les déchets de l'humanité indignes d'accéder à la civilisation. D'ailleurs, dans ses premières oeuvres il avait caricaturé l'image de l'indigène comme le faisaient les colons les plus xénophobes.
Jean Sénac avait rompu avec son père spirituel à cause de l'aveuglement de celui-ci à soutenir l'option "Algérie Française". Son poème magnifiant la bravoure de nos fidayïn scandalisera Albert Camus qui commencera par soutenir indirectement la répression barbare et la torture exercées par l'armée française (je préfère ma mère à la justice).
L'histoire donnera raison à Jean Sénac puisque, sans les réactions violentes des fidayïn à la répression, jamais le général de Gaulle n'aurait consenti à négocier avec le gouvernement provisoire algérien la fin du système colonial en Algérie.
Les grandes puissances et les spoliateurs sont ainsi faits. Ils se croient invincibles, s'adonnent au terrorisme d'Etat qu'ils présentent à l'ONU comme des opérations de sécurité interne et, tout naturellement, provoquent des réactions violentes de la part des peuples opprimés qui entraînent la mort d'innocents et amènent l'opinion internationale à se solidariser avec les peuples qui luttent pour leur indépendance.,
Il suffit de voir les crimes actuels du régime d'apartheid sioniste contre le peuple palestinien pour comprendre ce qui s'est passé en Algérie de 1830 à 1962.
Jean Sénac était un poète au grand qui avait ouvert des espaces d'expression à tous les poètes en herbe de l'Algérie profonde grâce à des émissions litteraires de la radio algérienne. Son travail avait révélé de nombreux talents.
Bernard Mazo a mis six ans pour boucler une biographie de Jean Sénac (450 pages) qui n'a pas trouvé un éditeur en France.
A travers la vie de Jean Sénac c'est une page de la guerre d'Algérie qui est écrite.
C'est aussi une page des débuts dramatiques de l'indépendance de notre pays qui est raconté.
Jean Sénac c'est le pied-noir qui avait choisi la justice contre sa mère en s'engageant très tôt dans la guerre anticoloniale.
C'est le poète révolutionnaire qui mourut seul, abandonné par tous ses amis dans une Algérie post révolutionnaire que déchiraient les luttes des barons du FLN pour le pouvoir.
Sénac s'était opposé au coup d'Etat de 1965. Ce sera pour lui la descente aux enfers. La répression avait éloigné de lui les femmes et les hommes qui avaient partagé tant de choses avec lui.
Surtout la poésie qui avait un goût de liberté, de fraternité, de solidarité, d'amour.
HOCINE MAHDI
Le 12 avril 2012

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